jeudi 4 mai 2006
À quand la guerre pour l'eau ?
Par Dimitri Robert, jeudi 4 mai 2006 à 16:17 :: Société
Le prix du baril de pétrole augmente, l'économie s'inquiète, l'automobiliste peste... mais au fond toute cette agitation n'est-elle pas ridicule ? Le pétrole aura disparu d'ici 20 ans, peut-être 10. Cette augmentation exponentielle est inéluctable voire souhaitable. En effet, je me réjouirais de voir le baril atteindre les 150$ fin 2006 et pourquoi pas 500$ fin 2007 !
Mais le plus ridicule, on se prend la tête sur une ressource qui n'est même pas nécessaire à la vie. Réellement utilisé depuis 1885 (voir l'article de Wikipédia consacré au pétrole), le pétrole n'apporte qu'un relatif confort (n'oublions pas la pollution et les diverses nuances sur l'environnement qu'il entraine, sans parler des guerres).
En revanche, l'eau est une ressource vitale pour l'Humanité et certainement autant menacée que le pétrole. Or, nous ne pouvons pas nous permettre d'épuiser l'eau potable.
Jeremy Laurance a publié un article dans The Independant (traduit en français par Le Grand Soir) qui montre comment, par notre comportement, nous contribuons à la disparition de l'eau. Extraits.
« Au Kenya, les produits alimentaires cultivés pour l’exportation incluent la laitue, la roquette, les haricots, les petits pois et les brocolis. La production d’une simple salade de 50g consomme pratiquement 50 litres d’eau dans des pays où cette denrée est rare. Une salade mixte contenant des tomates, du céleri et des concombres, avec de la salade, nécessite plus de 300 litres d’eau. S’ajoutent à cela le nettoyage, le traitement et l’emballage. »
« Le commerce international des légumes et fleurs hors-saison représente du travail pour quelques uns et de la richesse pour une minorité. Mais pour tous ceux qui découvrent que l’eau de leurs terres a été extraite en amont par de grosses entreprises, cela représente de nouvelles difficultés et même des dégâts permanents à l’environnement. »
« Il y a quarante ans, la vision cauchemardesque présentée par des experts tels que Paul Ehrlich, biologiste à l’université de Stanford, dans son livre "The Population Bomb" était que la population augmentait si vite que la terre serait incapable de produire suffisamment de nourriture. Le désastre ne s’est pas produit grâce à un accroissement extraordinaire des rendements générés par d’énormes investissements en irrigations. Mais ceci a crée une autre menace. »
À lire : Le véritable coût d’une salade : vous payez 99 cts, l’Afrique paye 50 litres d’eau potable
Chacun d'entre nous peut contribuer à arrêter ce carnage. Arrêtons de consommer des produits qui ne sont pas de saison, qui viennent de l'autre bout du monde. Privilégions les producteurs locaux, et directement, c'est-à-dire, sans passer par la grande distribution qui impose des règles contraires à la nature : calibrage, couleur (d'où les tomates que l'on fait mûrir à l'acide pour que toute la production soit rouge le même jour, par exemple), utilisation d'eau en abondance pour laver les produits, qu'il paraissent beaux et que donc, le consommateur les achètent.
Il existe des initiatives favorisant les productions locales, comme les Amap, associations pour le maintien d'une agriculture paysanne. Le principe est simple : plusieurs adhérents sont associés à un producteur. Ce dernier apporte chaque semaine à chacun un panier de sa production de fruits et légumes. L'adhérent s'engage pour une saison entière (6 mois) et permet ainsi au producteur d'avoir un revenu constant. Le prix de revient d'un panier avoisinne les 20 euros et permet de nourrir une famille de quatre personnes pendant une semaine. Le producteur s'engage à fournir des produits de haute qualité (nutritionnelle, organoleptique, environnementale et sociale). Même s'ils n'ont pas forcément un label bio, la pratique est là.

