LBSNDD : le blog sans nom de dimitri

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samedi 18 février 2006

ANPE, flicage, censure et fiasco financier

Le chômage n'en finit plus de baisser depuis l'arrivée de Villepin à Matignon, apprend-on dans une large majorité de média (même Libé). Cela veut-il pour autant dire que tous les chômeurs qui disparaissent des statistiques trouvent un boulot ? Quand les média crient d'une même voix avec le pouvoir, ça sent forcément l'arnaque.

[...] si pour octobre on comptait 21 700 chômeurs de moins qu’en septembre, on dénombrait aussi 188 709 radiations pour le même mois (151 537 pour absence au contrôle, 37 552 pour fin de droits) [source : Ministère de l'emploi]. Autrement dit : non seulement le chômage ne baisse pas, mais il augmente largement. Pour faire croire l’inverse, il suffit de réduire à néant les dizaines de milliers de chômeurs soudain privés d’allocs ou radiés pour indiscipline. C’est gros, mais ça passe. -- Mathieu Bouchard, CQFD n°29.

Dans le numéro 30 (janvier) de CQFD on apprend donc que la répression est de mise pour aboutir à un maximum de radiation. La direction met la pression sur ses employés pour qu'eux-mêmes la fasse subir aux allocataires (lire aussi Anthologie du flicage des chômeurs). Un agent ANPE témoigne, sous couvert d'anonymat, de cette situation.

On a donc mis en place un système dit de diagnostic partagé, qui consiste à dire au chômeur qu’on va se mettre d’accord avec lui sur telle ou telle démarche qu’il aura à faire. En réalité, il n’a pas vraiment le choix. Mais dans nos conclusions d’entretien, on va mettre qu’il partage la décision, avec des formules du genre : « Vous vous engagez à... Nous tombons d’accord que... » Des consignes très précises nous ont été données à ce sujet. Tout doit être saisi en informatique. Le but étant de mouiller les gens pour qu’ils ne puissent pas contester les décisions. C’est une mécanique bien pesée. -- Olivier Cyran, Le contrôleur controlé, CQFD n°30.

L'anonymat est de mise lorsque l'on critique l'ANPE de l'intérieur.

Les Voltaire d’opérette ont rudement raison : les temps sont durs pour la liberté d’expression. Le 28 janvier, un conseiller ANPE de Saint-Nazaire était embarqué menottes aux poings pour avoir commenté sans tabous les incendies qui venaient de frapper plusieurs ANPE. Chômeurs et ceux qui les contrôlent : vos gueules ! -- Nicolas Arraitz, Olivier Cyran, Pas de blasphème à l'ANPE, CQFD n°31.

L'informatique occupe une place importante dans cette quête de résultats.

Les conclusions d’entretien sont stockées pour des années dans la mémoire informatique de l’ANPE. Sur la durée, cette « traçabilité » peut faire apparaître des incohérences dans les engagements du chômeur. Dans ce cas, malheur à lui... Et puis il y a les erreurs. Il arrive assez souvent, par exemple, qu’on oublie d’appuyer sur la touche « validation » à l’issue de l’entretien. Le demandeur d’emploi sera alors automatiquement classé comme n’étant pas allé à la convocation, avec tous les risques de sanction que cela implique. Les agents sont débordés, il nous arrive souvent de faire des erreurs. L’ennui, c’est que l’outil informatique les rend difficiles à détecter et plus difficiles encore à contester. -- Le contrôleur controlé.

Cependant, l'ANPE se garde bien de communiquer sur ses déboires informatiques. L'affaire du logo à 2,4 millions d'euros (qui ressemble un peu voire énormément à celui de l'entreprise italienne de luminaires Reggiani) était déjà scandaleuse en son temps. On apprend à l'automne dernier que le nouveau directeur de l'ANPE décide de suspendre le programme Géode, sans préciser le coût dudit programme. Géode c'était surtout de belles promesses pour que l'ANPE puisse se démarquer de l'Unédic en ayant son propre logiciel de gestion des demandeurs d'emploi (une base de données avec une interface adaptée au métier).

Mais très vite, tout part en sucette. Recrutée par appel d’offre, l’entreprise Atos, conceptrice du joujou, s’avère d’une rare incompétence : non seulement elle omet d’anticiper l’arrivée d’Internet, mais il lui faudra sept longues années d’efforts pour accoucher d’une usine à gaz tout droit sortie des forges soviétiques. [...] Dans le Limousin et en Poitou-Charentes, où l’ANPE teste son boulier à chômeurs, le succès est énorme : pétages de plombs, déprimes, blocages, grèves... Huit agents sur dix bidouillent pour zapper l’application. -- Léa Sédik, L'ANPE radie même son logiciel, CQFD n°30.

Le prix du bouzin ? Oubliez le logo, c'était une pécadille à côté... 22,8 millions d'euros !. À la poubelle...

« Le risque est grave de voir les médias s’emparer de cette affaire et de la décrire comme un scandale financier », prévient en juin 2005 un « ancien » de la mission Géode dans le journal du syndicat national de l’ANPE. -- L'ANPE radie même son logiciel

Outre l'aspect proprement scandaleux de l'affaire, on peut (on doit même !) la rapprocher de l'objectif que c'est fixé l'Adullact, à savoir que l'argent public ne doit payer qu'une seule fois pour un logiciel, et que ce logiciel doit être libre pour être utilisé par tous.

La volonté de l'ANPE d'abandonner Aladin (le logiciel de l'Unédic) pour créer Géode remonte à 1997. À cette époque les logiciels libres étaient quasiment inconnus. Mais l'on voit bien ici que ce gouffre financier aurait pû être évité si Aladin avait été libre. Je ne sais pas si Aladin appartient à l'Unédic, ni s'ils auraient la possibilité de le passer en libre, mais un tel fiasco doit aujourd'hui être évité, et cela doit passer par une utilisation des logiciels libres.

Si avec tout ça je ne suis pas radié... bah, au moins, j'aurai des arguments lors de l'entretien.

mardi 14 février 2006

Pourquoi il faut aimer les Jeux olympiques

Si comme moi vous aimez les Jeux vous ne pourrez qu'apprécier. Sinon, lisez quand même ces quelques extraits, ça ne peut que vous faire du bien.

« Il y a deux races distinctes : celle au regard franc, aux muscles forts, à la démarche assurée et celle des maladifs, à la mine résignée et humble, à l’air vaincu. Hé bien ! C’est dans les collèges comme dans le monde : les faibles sont écartés, le bénéfice de cette éducation n’est appréciable qu’aux forts. » Pierre de Coubertin, fondateur des Jeux Olympiques, in « Education anglaise ».

« La première caractéristique essentielle de l’olympisme ancien aussi bien que de l’olympisme moderne, c’est d’être une religion. En ciselant son corps par l’exercice comme le fait un sculpteur d’une statue, l’athlète antique honorait les dieux. En faisant de même, l’athlète moderne exalte sa patrie, sa race, son drapeau » Pierre de Coubertin, « Les assises philosophiques de l’Olympisme moderne ».

« Au mois de novembre, la police a reçu le droit de déplacer, « avec l’emploi raisonnable de la force », toute personne qui pourrait être « une nuisance ou un ennui » - la définition de ces termes restant à l’appréciation des forces de l’ordre. [...] « Pendant les Jeux, les centres spécialisés ne pourront pas loger plus de 10 % des SDF de Sydney. Tous les hôtels de la ville ont déjà été réservés par les autorités et le comité d’organisation des Jeux ; 25 000 SDF ne pourront donc trouver de toit ». Tristan de Bourbon, L’Humanité du 24 février 2000.

« La piste de bob pour les Olympiades de 2006 sera construite sur le territoire de la commune de Cesana T. [...] Cette bande de ciment de 1400 m de long détruirait une forêt de mélèzes et un alpage. À plusieurs endroits, cette structure ferait plusieurs mètres de haut et constituerait ainsi une sorte de « digue ». Les 48 tonnes d’ammoniaque qui couleraient le long de la piste pour la refroidir sont également préoccupantes. [...] Le coût prévu de la piste de bob de Cesana est déjà passé de 35 à 55 millions d’euros ». La Stampa du 16 novembre 2002.

Pourquoi il faut aimer les J.O.

PS : non, pas de lien vers le site des J.O.