Le chômeur est-il coupable ?
Par Dimitri Robert, samedi 16 septembre 2006 à 20:04 :: D'hiver :: #147 :: rss
J'ai découvert le blog de Swâmi Petaramesh il y a peu grâce à son billet plein de finesse sur les supporters de foot relayé par rezo.net. Depuis je prends plaisir à lire ses billets dont la plume est précise et directe.
Hier il a écrit La seule chose dont je suis incapable où il dévoile ses craintes face au chômage. Je voulais d'abord poster un commentaire, mais finalement, ce sera un trackback.
Cher Swâmi Petaramesh, oh que je comprends tout ce que tu racontes et abonde dans ton sens...
Une certaine mentalité ambiante, à commencer souvent par les proches, tend à culpabiliser le chômeur. Le chômeur est considéré comme un rebut de la société.
Ma première période de chômage est été particulièrement difficile moralement (comme pour la plupart des gens j'imagine). Je me suis retrouvé du jour au lendemain à tourner en rond dans mon appart, à ne rien faire, et à culpabiliser le soir de n'avoir rien fait de ma journée. Cette période de chômage faisait suite à la période idyllique de mon premier boulot dans le jeu vidéo où j'ai vécu une expérience que très peu d'entreprise en France, voire dans le monde serait capable de procurer. C'est simple, nous formions une vrai famille, où le social passait bien avant la productivité. Il n'était pas rare de passer deux heures le matin à la machine à café pour discuter de tout, de rien, de problèmes personnels, mais finalement très peu de foot et de loft story (à l'époque y avait pas encore la starcaca). Et le pire, malgré tout ce temps à « ne rien glander » nous étions très efficaces, certainement plus que dans une entreprise classique à gestion autoritaire. Tout simplement parce que nous étions bien dans notre peau.
Malheureusement la boîte a fermé pour d'autres raisons que notre mode de fonctionnement. Pour info cette boîte s'appelait Lankhor (merci à Fred pour continuer à en faire vivre le souvenir).
Avec quelques collègues nous avions comme projet de remonter une structure du même goût que celle qui venait de s'effondrer sous nos yeux. Mais la motivation s'est affaiblie avec le temps, nous étions entrés dans le moule du chômeur, tel que le dépeint notre gouvernement. Pour nous tous, même les plus anciens, c'était la première expérience. À l'époque nous étions sous le régime du Pare, instauré par le gouvernement Jospin, beaucoup moins contraignant que la machine à radier actuelle qui impose un contrôle par mois. Mais cela n'empêchait pas ce sentiment de culpabilité, potentialisé par notre entourage, inquiet de cette situation particulière où nous étions. Des divergences sont apparues dans nos projets et nous les avons finalement abandonné, avec toutefois l'espoir que ce ne soit pas définitif. D'ailleurs, j'y crois toujours un peu. L'heure viendra.
Chacun est parti plus ou moins de son côté et c'est comme ça que je me suis retrouvé à gérer le magazine Linux Pratique. J'écrivais déjà dans Linux Magazine France depuis la fin de mes études lorsque Diamond m'a fait cette proposition. Il était pour moi hors de question d'aller travailler en Alsace et je l'ai bien précisé dès le départ. Pas de problème pour travailler à distance, je passais juste pour le bouclage. Je travaillais donc dans le même lieu où je tournais en rond pendant le chômage. Hormis ce détail, je pense qu'il est très difficile de travailler chez soi, en tout cas pour moi. Socialement parlant, c'est pas terrible. J'ai donc connu des hauts et des bas en travaillant pour Diamond, où les méthodes de travail étaient assez éloignées de ce que j'avais connu à Lankhor. Mais finalement peut-être dans la moyenne des boîtes françaises... à vrai dire je ne sais pas et je m'en fous.
Le malaise n'a pas tardé à venir avec l'éventualité d'aller voir ailleurs. Finalement, je suis parti sans porte de secours, c'est-à-dire, retour à la case chômage. Avec les quatre premiers mois à blanc (et oui, la démission c'est mal vu par les Assedics). Mais finalement, j'étais assez serein, même très serein. Je quittais un boulot qui ne me convenais plus et j'allais pouvoir respirer, faire des choses qui me plaisaient sans pression. Non, au début je ne pensais même pas à retrouver un boulot.
C'est comme ça que je me suis retrouvé à coorganiser le salon Game Over sur les jeux vidéo tournant sous Linux. Et franchement, je me suis bien éclaté dans cette expérience purement bénévole.
L'échéance des quatre mois à blanc arrivant, avec la nécessité de monter un dossier pour enfin toucher quelque chose, j'ai bien répondu, pour la forme, à quelques annonces envoyées par l'ANPE (forcément en bois tellement leur classification couvre tout et n'importe quoi), mais aussi des annonces sérieuses. Plusieurs copains m'ont suggéré que je devrais me lancer dans l'administration système.
C'est comme ça que je me retrouve à bosser avec un statut précaire (CDD reconduits, salaire inférieur à ce que je toucherais si j'étais resté au chômage) mais dans une situation plus qu'agréable à vivre : des collègues formidables, pas de pression stupide et débile de la part de supérieurs (situation dûe à mon chef qui a su, dès le début, instaurer une relation de respect envers le service informatique, ce qui n'est pas le cas partout). En gros, je me sens bien, et ça vaut tous les salaires de ministre.
Bilan
J'ai été un peu long mais voici un petit bilan. La deuxième période de chômage a été beaucoup mieux vécue que la première, malgré la précarité accrue entre-temps (gouvernement de droite oblige). Aujourd'hui, avec l'expérience (j'ose pas dire « avec l'âge ») j'ai appris à ne plus culpabiliser parce que je n'ai pas de boulot ou pas beaucoup d'argent. Car l'essentiel est dans le mental. Donc, ne pas croire l'imbécile de Premier ministre qui a dit un jour « je vais remettre la France au travail ». Ce gars-là n'a rien compris à la vie. Le suivant non plus d'ailleurs.
Certes, j'ai la chance de ne pas subir le harcèlement mensuel de l'Anpe, du fait que je ne sois pas compté dans les statistiques officielles, celles dont les pseudo-journalistes nous gratifient chaque mois. Certes, je n'ai que ma bouche à nourrir et la situation serait différente si j'avais des enfants. Ou pas. Je vous dirais ça le jour venu.
Enfin, je ne voudrais pas que certaines parties de mon expérience professionnelle paraissent plus noires. Je ne regrette absolument rien. Même lorsque je parlais de malaise à propos de mon passage chez Diamond, cette période fut déterminante pour la suite, pour ma façon d'aborder le chômage justement. Et je n'oublie pas je dois beaucoup à Denis Bodor en particulier.
Alors, dans le billet de Swâmi quelqu'un parlait d'une reconversion en boulanger. Pourquoi pas.
Quelques liens
- Rien foutre
- Un peu de papier qu'il faut vraiment que j'achète : les livres des éditions du Chien Rouge
Note
Comme Swâmi, je ne me suis pas relu, mais chez moi c'est une habitude. D'autre part, ici les commentaires sont modérés à priori (la flemme d'installer un captcha), donc ne vous excitez pas à poster plusieurs fois si votre commentaire n'apparaît pas tout de suite. Faut que je file, j'ai une Ubuntu à installer chez des amis.


Commentaires
1. Le dimanche 1 octobre 2006 à 19:42, par visiteur :: site
2. Le mercredi 4 octobre 2006 à 14:00, par visiteur :: site
3. Le vendredi 24 novembre 2006 à 20:52, par Ghislaine
4. Le dimanche 3 décembre 2006 à 17:50, par un chômeur non coupable
5. Le vendredi 15 décembre 2006 à 14:12, par nicolas :: site
6. Le dimanche 17 décembre 2006 à 17:12, par Dimitri Robert :: site
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