La technologie peer-to-peer

Tout d'abord un petit mot sur les dessous de ces logiciels que sont KaZaA, Gnutella, MLdonkey ou autre eMule, et pour expliquer leur succès là où échut feu Napster. Napster n'était finalement qu'un système un peu évolué dérivé du vulgaire FTP (file transfert protocol) toujours massivement utilisé aujourd'hui.

Le principe est très simple : un ordinateur serveur centralise les données et des dizaines (centaines, milliers,...) d'ordinateurs clients se connectent au serveur pour télécharger les données. Éventuellement ils ont la possibilité d'envoyer des fichiers au serveur mais ils sont conserver dans une zone particulière du serveur pour être soumis à l'approbation des propriétaires du serveur. On peut schématiser la situation comme sur la figure ci-dessous.

Ce modèle implique que le serveur soit une machine avec une grosse capacité de stockage (en fonction de ce que l'on veut proposer), un gros processeur, une grande quantité de mémoire ainsi qu'une bande passante permettant de proposer un service à la hauteur de ses ambitions. Aussi puissant soit-il le serveur sera toujours limité en nombre de clients qu'il peut accepter. La solution consistant à créer des serveurs miroirs (reproduction exacte du contenu) disséminés en d'autres points de la planète ne résout rien (nécessité de mises à jours régulières).

La technologie peer-to-peer se base sur un tout autre modèle, équitable (il est même conforme aux Droits de l'Homme) et qui gagne en efficacité proportionnellement au nombre d'utilisateurs (tout l'inverse du modèle client-serveur). Dans ce modèle dit « parallèle », il n'y a aucune hiérarchie, tous les utilisateurs sont égaux. Ils constituent chacun un nœud d'un immense réseau où les informations se propagent de proche en proche. Ainsi, un nœud transmet l'information directement à tous les nœuds proches de lui, et chacun de ces nœuds propage ensuite cette information. Schématiquement cela donne la figure suivante.

Les avantages sont énormes : l'information étant disséminés sur tous les nœuds par petits bouts, elle ne subit aucune censure, aucun contrôle. De plus, les ressources sont partagées : l'ensemble du réseau est constitué d'un immense processeur, d'un immense disque dur, d'une quantité de mémoire et de bande passante illimitées, chaque utilisateur apportant sa pierre à l'édifice. Ainsi, l'information est toujours présente sur le réseau, même si le nœud l'ayant proposé au départ n'est plus en fonction. Les problèmes de serveurs indisponibles n'existent plus.

Le peer-to-peer est-il nuisible au droit d'auteur ?

Ne nous voilons pas la face bêtement, ce qui fit le succès de Napster, c'était parce qu'il proposait de la musique à télécharger, et bien souvent de la musique soumise à copyright. Les outils utilisés aujourd'hui permettent le téléchargement de tout types de fichiers mais en proposant des filtres de recherche tels que audio, vidéo, image iso, archive, image, etc. Donc, oui, les réseaux peer-to-peer (P2P pour faire plus court) servent à échanger des fichiers qui devraient rester dans le « cercle privé ». Cet aspect est toutefois contesté par le public (souvent désignés par le terme sordide de « consommateurs » qui occulte toute existence de raisonnement), par des auteurs qui ne croient pas au discours des éditeurs (Janis Ian[1], Louis Bertignac par exemple) et même par un éditeur de livres (Tim O'Reilly[2]). Cependant, légalement aujourd'hui, l'échange de fichiers soumis à copyright par n'importe quel moyen de communication, est prohibé par la loi.

Finalement, même si Pascal Nègre et consorts décrivent les logiciels de P2P comme nuisibles à la création musicale, on est en droit d'être dubitatif devant un avis aussi catégorique. Le P2P n'est pas un outil de piratage ! Si l'on suit la logique de ses détracteurs, il faudrait tout de suite interdire la vente de couteaux (de cuisine notamment), car un couteau peut servir à tuer ! Et, que je sache, le meurtre est bien plus grave que l'échange non autorisé de fichiers musicaux.

Le P2P n'est pas un outil de piratage ! Non, c'est un formidable outil de communication. A-t-on interdit le courrier postal du fait qu'il permette d'envoyer des CD gravés (avec du contenu forcément illicite !). Non ! Le P2P est une technologie révolutionnaire aux débouchés considérables. Prenons par exemple PeerCast. Il s'agit d'un logiciel utilisant la technologie P2P pour diffuser une radio par le biais d'Internet. Toutes les radios commerciales ou non ont plus ou moins mis en place un système de « streaming » de leur programme sur l'Internet. Si bien qu'il est possible d'écouter la radio depuis son ordinateur connecté n'importe où dans le monde. Or, tous ces flux sont basés sur un modèle client-serveur, donc limités en nombre d'auditeurs, en qualité d'écoute (le flux audio est souvent de piètre qualité). PeerCast, basé sur un modèle P2P, n'est pas handicapé de ces deux tares : le flux est de qualité (au moins autant que la radio hertzienne) et l'efficacité de la diffusion augmente en fonction du nombre d'auditeurs ! Rappelons également que la société Mandrake utilise BitTorrent, un réseau P2P, pour diffuser sa distribution de manière officielle.

Si les logiciels P2P sont tant décriés par « l'industrie de la culture », c'est surtout parce qu'ils donnent accès à des moyens de communications incontrôlables par une entité, et finalement tellement démocratiques...